Actus
20/02/2012
Guyane
Quand l’Australie terrasse la dengue

Des chercheurs australiens sont parvenus à rendre le moustique aedes aegypti résistant au virus de la dengue en lui injectant une bactérie qui réduit sa durée de vie.
Une lutte perpétuelle. C’est ainsi que nombre de scientifiques définissent les recherches destinées à vaincre les virus transmis par les moustiques. En Guyane, le paludisme et la dengue sévissent de concert tout au long de l’année, en suivant des pics épidémiologiques. Mais il va sans dire que le département n’est pas la seule région du monde qui est touchée par ces virus. De fait, dans les parties du globe concernées, les chercheurs s’échinent à trouver des solutions pour éradiquer ces maladies. Ainsi, en Australie, un groupe de scientifiques est parvenu à rendre l’aedes aegypti, le moustique qui transmet la dengue, résistant au virus. Une expérience qui, selon des experts, semble des plus concluantes.
Selon Thomas Guillemot, chercheur au sein de l’Inra (Institut national de la recherche agronomique), les résultats sont tout simplement « flamboyants » . Il estime que les travaux réalisés en Australie constituent « une piste qui résout deux problèmes » . Il explique que l’action de ses confrères « évite l’éradication de l’espèce mais la modifie » . Pour ce faire, les chercheurs ont utilisé l’une des bactéries qui existent chez de nombreux insectes : la wolbachia.
BLOCAGE COMPLET DE L’INFECTION « Quand on injecte certaines souches de wolbachia dans l’aedes aegypti, il se produit un effet principal qui est le raccourcissement de la durée de vie du moustique, a commenté Thomas Guillemot sur les ondes de Radio France Internationale (RFI). C’est très intéressant parce qu’il y a un temps d’incubation de la dengue chez le moustique qui est de deux semaines après son repas de sang. » Or, si l’injection de la bactérie permet au moustique de continuer à se reproduire, elle l’empêche de vivre suffisamment longtemps pour devenir infectieux. Il n’est donc plus en mesure de transmettre la dengue. « Mais il survit et laisse des descendants, précise le scientifique. C’est-à-dire que la population de moustique est saine et sauve, l’écosystème n’est pas altéré et il n’est question ni d’élimination ni d’éradication. » En revanche, la transmission de la dengue a été bloquée. Mais il ne s’agit pas du seul effet.
L’injection de wolbachia produit également, selon Thomas Guillemot, « un effet puissant sur le système immunitaire du moustique » . Avec pour résultat un blocage complet de l’infection par le virus de la dengue. « Ce qui veut dire que, non seulement le moustique n’a plus le temps de le transmettre, mais qu’en plus il n’est plus atteint par la dengue » , rapporte le scientifique. Mieux, ces nouvelles caractéristiques semblent se transmettre du moustique modifié à sa descendance. « Reste désormais à vérifier les effets à long terme sur le virus de la dengue » , tempère Thomas Guillemot.
Afin de vérifier l’efficacité de leurs travaux, les chercheurs australiens ont relâché près de 150 000 moustiques résistant à la dengue dans différentes régions du pays touchées par le virus. Les premiers résultats, révélés dans le magazine Sciences et avenir, montrent que les moustiques infectés par la bactérie seraient parvenus à prendre le dessus sur les populations déjà présentes sur certains sites. Néanmoins, si la méthode semble efficace, elle paraît d’emblée montrer ses limites. Luc Alphey, un chercheur d’Oxitec Limited, une entreprise de biotechnologie basée à Oxford (Angleterre), explique que « pour éradiquer la dengue dans les zones où elle prolifère, comme l’Asie ou l’Amérique du Sud, des milliards de moustiques génétiquement modifiés seraient nécessaires » . Ces moustiques pourraient toutefois être une solution afin de limiter l’utilisation de pesticides.
Source : FranceAntilles


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