Actus
14/02/2012
Martinique
Un samedi sanglant, entre Sainte-Marie et le Robert

Samedi, deux hommes ont été torturés, ligotés et laissés pour mort dans une cabane isolée du quartier Bouteau, au Robert. L’un d’eux est mort. L’autre est dans un état grave au CHU de Fort-de-France.
Hier encore, les traces de la barbarie dont ont été victimes ces deux hommes, samedi après-midi, entre Sainte-Marie et Le Robert, étaient largement visibles. Même vide, la cabane située au quartier Bouteau, au Robert, dans laquelle ces hommes auraient été torturés, laisse deviner le déchaînement de violence dont ils ont été la cible. Un matelas ensanglanté gît à l’extérieur, des liens souillés jonchent le sol en lino, poteaux, sol et mur sont également recouverts de sang. La scène est effroyable.
Tout aurait commencé samedi, aux environs de 16 heures, au lieu-dit Félix 1, au quartier Morne des Esses. Des coups de feu alertent les riverains. L’un d’eux, encore très choqué, nous avoue qu’il ne trouve plus le sommeil depuis. « Quatre hommes, arrivés dans un véhicule de type fourgonnette, s’en sont pris à un autre. Ils ont tenté de l’emmener de force, mais face à sa résistance, ils ont tiré au moins deux coups de feu pour l’immobiliser. Le premier l’a atteint au bras, le second à l’abdomen. Ensuite, l’homme s’est écroulé » . Pétrifiés, les riverains se hâtent tout de même d’appeler les secours. Mais l’horreur ne s’arrête pas.
« NOUS AVONS ÉTÉ TORTURÉS COMME DES BÊTES » À leur grand étonnement, les agresseurs embarquent leur victime dans le coffre du véhicule et s’enfuient. C’est alors que d’autres riverains croient apercevoir une autre victime dans le véhicule, déjà ligotée. En quelques minutes, plus rien, si ce n’est la trace laissée par le sang sur la chaussée.
Les faits les plus sordides se déroulent ensuite au Robert, dans une cabane du quartier Bouteau. Là encore, l’alerte sera donnée par des riverains. Il y a effectivement deux victimes. L’un des hommes, âgé d’une quarantaine d’années, aurait réussi à échapper à ses tortionnaires en sectionnant avec ses dents le câble électrique avec lequel ils lui avaient attaché les mains. Cet homme s’est confié à une habitante du quartier Sabine (limitrophe de Bouteau). Cette dernière est encore sous le choc.
UNE AFFAIRE PLEINE DE ZONES D’OMBRES « Je le connais très bien » , commence-t-elle, « c’est mon voisin » ... Puis, elle reprend : « Lorsqu’il a réussi à échapper à ses bourreaux, il est venu demander secours à ma grand-mère. Prise de panique, cette dernière m’a fait appeler. Nous lui avons porté les premiers secours. Ce n’était pas beau à voir. Il était dans un état pitoyable. Il souffrait énormément. Avec beaucoup de difficulté, il nous a raconté ce qui s’était passé. » Selon ce témoin, l’homme lui aurait relaté son drame dans ces termes : « Nous nous trouvions au Morne des Esses, lorsque nous avons essuyé des coups de fusil émanant de six individus. Nous avons ensuite été attachés, puis cagoulés, avant d’être jetés dans le coffre d’une voiture. Nos agresseurs nous ont séquestrés dans un ghetto situé sur une habitation au quartier Bouteau. C’est là que notre calvaire a commencé. Nous avons été torturés comme des bêtes » .
Un autre voisin indique que la seconde victime est morte dans ses bras. « Ses derniers mots ont été « Mwen kay mô, démaré mwen souplé. » Les raisons de cet acharnement ? Le blessé aurait donné à ses sauveurs l’explication suivante : « Nous avons travaillé pour ces individus et nous voulions juste réclamer notre argent. Nous avons eu droit à des coups de coutelas, des coups de pieds. J’ai eu mon salut lorsque j’ai réussi à me défaire de mes liens. Mon compagnon d’origine sainte-lucienne comme moi, Alfius Sandy Ford, n’a pas eu la même chance que moi. » La mère de ce dernier vit dans notre pays. Nous l’avons jointe par téléphone. La voix nouée par la douleur, elle nous a confié ne pas être au courant de la présence de son fils en Martinique...
Un drame dont tous les éléments n’ont pas encore été dénoués. Qui sont les agresseurs ? Quel est leur mobile ? S’agit-il d’un règlement de compte ? L’enquête se poursuit pour retrouver les auteurs de ce crime atroce.
Source : FranceAntilles


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