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17/02/2012

Haïti

Volte-face de Martelly

Alors que les sénateurs s’apprêtaient à considérer comme rebelles vingt-six ministres et secrétaires d’Etat qui ne répondaient pas à une convocation du Grand Corps, une ultime lettre collective est arrivée au Parlement. Ces ministres sollicitent un report à la huitaine de la séance de convocation. La demande a été acceptée par la commission d’enquête sur la nationalité des membres du gouvernement, a confirmé le sénateur Nènèl Cassy. Retour sur une journée agitée.

Jeudi 16 février 2012, 12 heures 35, le Premier ministre Garry Conille, escorté des membres de son cabinet particulier et d’agents de sécurité, se présente au salon diplomatique du Sénat. Isolé de ses ministres et secrétaires d’Etat, le chef du gouvernement est accueilli par les membres de la commission ad hoc chargée de vérifier la nationalité réelle du chef de l’Etat et de tous les membres du gouvernement. « Votre présence ici témoigne du respect que vous avez pour le Parlement », lance le président de la commission, Joseph Lambert, avant d’inviter le Premier ministre à faire le dépôt de ses pièces.

Quatre passeports du chef de gouvernement ont été remis à la commission spéciale, constate Le Nouvelliste. Quatre passeports, c’est peu pour celui qui a fait carrière dans le système des Nations unies et vécu au Canada. D’un ton calme accolé à sa réputation, Garry Conille fournit une explication aux parlementaires. Sa maison a été pillée au début des années 90. Certains de ses passeports ont été égarés. Une explication plausible pour les parlementaires engageant une série de questions-réponses avec le chef du gouvernement. Comme un général sans troupe, Garry Conille n’a pas été suivi par ses nombreux ministres et secrétaires d’Etat. Signe d’un profond malaise entre le chef du gouvernement et ses collaborateurs immédiats. « Je demanderai des explications, dans les prochaines heures, pour comprendre la nature du problème avant de prendre des dispositions », promet Conille aux membres de la commission, dont le bouillant sénateur Moïse Jean-Charles.

Conille "ne démissionnera pas"

Entre deux questions, le Premier ministre écarte toute possibilité de démission en dépit des difficultés. « Les autorités ne peuvent pas se contenter de remettre leur démission à chaque situation qui se présente. Ces difficultés étaient prévisibles au parcours de la démocratie », calme le chef de la Primature, abandonné par ses ministres, dont Ralph Théano, chargé des relations avec le Parlement.

« Est-ce que le pays est dirigé ? », s’interroge perplexe le sénateur Steven Benoît qui n’a que 10 dossiers de membres du gouvernement à analyser. Les « vingt-six ministres et secrétaires d’Etat sont en rébellion contre le Parlement et le chef du gouvernement », lance le sénateur Benoît lors de la séance ouverte à la presse. Malheureusement, souligne-t-il, seulement neuf secrétaires d’Etat ont déposé leurs documents de voyage au Sénat. Le ministre de l’Intérieur, des Collectivités territoriales et de la Défense nationale, Thierry Mayard Paul, et le secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères, Pierre-Richard Casimir, révèle le sénateur de l’Ouest, ont écrit au Sénat pour annoncer leur absence du pays. « A chaque bouleverse, certains ministres prétendent être en voyage », ironise Steven Benoît.

Un peu avant le Premier ministre, le secrétaire d’Etat à la Production animale, Michel Chancy, répond, les mains vides, à la convocation individuelle de la commission d’enquête. « C’est une question purement administrative dépendant du ministère de l’Intérieur », explique le secrétaire d’Etat, qui n’entend pas soumettre ses passeports à la commission d’enquête spéciale. « Les pièces, a-t-il ajouté, sont disponibles, mais je dois les remettre dans un cadre administratif. »

La ministre du Tourisme, Stéphanie Balmir Vildouin, elle, esquive le sujet évoqué par un journaliste. « J’ai le regret de ne pas pouvoir répondre à cette question », lance laconiquement la ministre ciblée dans la série d’accusations du sénateur Moïse Jean-Charles sur les officiels qui seraient détenteurs de passeports étrangers.

Une demande de report

Réunis à huis clos pour décider du sort des ministres et secrétaires d’Etat considérés comme rebelles par les deux Chambres du Parlement, les sénateurs ont reçu en fin de journée une demande de report de la convocation. « Une lettre de couverture endossée par le ministre chargé des relations avec le Parlement et paraphée par les ministres a été adressée au Sénat pour différer la convocation à la huitaine », confirme Nènèl Cassy, membre de la commission d’enquête. La demande de report de la convocation, affirme encore le parlementaire, a été acceptée par la commission.

Source : Lenouvelliste



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